Ingénieur civil né à Prijedor (Bosnie-Herzégovine),
Marjan Gruban
 a été réfugié en Belgique durant la guerre.
Il a obtenu depuis la nationalité belge et vit actuellement à Anvers

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L'Amour, les Pommes


textes brefs, 2000.

Titre original: Park, Biblioteka Egzil, Ljubljana, 1995.
86 pages.
ISBN 2-930333-02-2.

Traducteurs: Spomenka Džumhur et Gérard Adam.

Extrait

LE TEMPS DES TAMBOURS

Un groupe de mômes présente à un vieillard déjà bien voûté un cahier dans lequel ils collectent des signatures pour une pétition en faveur de la paix. Il accepte, emprunte leur crayon et inscrit son nom, lentement, comme tous ceux de son âge. Les mômes se regardent à la dérobée ; ils trouvent cette hésitation étonnante et comique. Au même instant, un jeune homme aux très longs cheveux s'approche du groupe. Il attend que le vieux rende aux enfants le crayon et le cahier pour lui demander du feu. Patiemment, le vieillard s'exécute. Le jeune homme tire une première bouffée, puis il lève la tête et souffle la fumée par la bouche, puissamment. Durant tout ce temps, il n'a cessé de fixer le vieux. Celui-ci, d'ailleurs, a fait de même. Ils se regardent, les yeux dans les yeux, quelques secondes encore, sans prononcer le moindre mot, puis tous deux poursuivent leur chemin.
Déjà les mômes accostent un autre passant.


Ce qu'ils en ont dit

"Gruban construit l'histoire sur une trame subculturelle, sur les bases d'un sentiment orienté de telle sorte que le passé et l'enfance deviennent, par un processus symbolique, l'espace universel d'un jeu de la langue stylisé, avec toutes les caractéristiques d'une interrogation déterminante sur les valeurs existentielles. Insistant sur la présence d'une conscience esthétique aiguë qui devient dans ce cas concret choix délibéré du matériau et de la langue." 
(Enver Kazaz)

"Textes courts, fragments d'un instant saisi sur le vif... Marjan Gruban écrit au présent, rendant de la sorte ses tableaux encore plus présents et visuels à l'esprit du lecteur. Ce procédé crée une structure très particulière, mélange de théâtre et de cinéma. Les scènes se déroulent sous nos yeux, les protagonistes sont des acteurs qui défilent devant nous. D'autant plus proches que le jeu auquel ils adhèrent ressemble au quotidien de bon nombre d'entre nous: un train en retard, un banc, un vieillard, des enfants, des rêves... de quoi créer une proximité qui place directement le lecteur dans une ambiance confiante et familière et qui permet d'appréhender plus en profondeur l'essence du récit. Une littérature de l'instant dotée de quelques ressemblances avec Philippe Delerm ou Anne Gavalda, un brin de gravité en plus toutefois, sans doute à cause de Sarajevo, de la guerre, de l'exil. et puis cette utilisation de la langue, jouant sur les mots, explorant les divers sens de chaque terme, de quoi créer une histoire dans l'histoire et apporter à ce récit une richesse qui le rend encore plus précieux."
(Sahkti)

Des extraits de cet ouvrage ont paru dans diverses revues belges.


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