Diplômée en littérature et théâtrologie, journaliste, Alma Lazarevska est restée à Sarajevo durant tout le siège. Elle y vit encore aujourd'hui. Bien que publiant peu, elle est un des écrivains les plus en vue de la littérature bosnienne. | ||
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![]() | La Mort au Musée d'Art moderne Nouvelles, 2002. réédition (traduction revue) : 2009 Titre original : Smrt u muzeju moderne umjetnosti, Bosanska Knjiga, Sarajevo, 1996. 106 pages. ISBN 978-2-930333-29-4 Traducteurs : Spomenka Džumhur et Gérard Adam | |
| Six
nouvelles, avec pour toile de fond le siège de Sarajevo, mais – à
l'exception de la première – par allusions feutrées, quasi désabusées,
avec une tendre auto-dérision, dans une sorte de sfumato. Menus gestes,
faits anodins, sentiments faussement désabusés, réflexions frôlant
l'absurde, jeux intellectuels quasi nihilistes, mêlés comme par mégarde
aux interrogations essentielles sur la vie et l'art. Elles nous
révèlent, de façon d'autant plus poignante que la tragédie n'est là
qu'en filigrane, la réalité quotidienne dans "la ville assiégée", cette
Sarajevo des années de guerre qui n'est jamais citée. | ||
| Extrait — Comment souhaiteriez-vous mourir ? Ce qu'ils en ont dit— Comment… quoi ? — C’est écrit : How would you like to die ? — Mourir ? ! En dessous du papier où il note mes réponses, il a glissé l’Atlas de l’Histoire Mondiale de Times. C’est ainsi que nous l’utilisons pour écrire la nuit. Et l’enfant, lui, le feuillette lorsque tombent les obus. Il attend ma réponse et regarde ma main qui repose sur mes genoux. Elle lui fait penser, m’a-t-il dit hier, à un tout petit bébé, langé, changé, paisible. Sur un guéridon entre nous est posée ma photo. Prise devant les ruines de l’ancien hôpital. Les reporters qui arrivent dans la ville assiégée photographient volontiers les ruines. La main avec laquelle j’écris n’y est pas encore cassée mais je l’avais enfoncée au plus profond de ma poche. J’ai rentré le cou et soulevé les épaules, comme si j’avais froid ou que j’étais mal à l’aise. On dirait que je sors de la photo. À moins qu’on ne dise : j’en débarque ? — Alors, comment souhaiterais-tu mourir ? Comment souhaiteriez-vous mourir ? Il me presse avec les questions des autres, comme un garçon de café ou un commerçant qui pousse les clients indécis. Tout juste s’il ne me donne pas du Madame. Les questions m’ont été soumises voici une quinzaine. J’en différais la réponse, jour après jour. Entre-temps, m’est arrivée cette histoire de la main. Voilà pourquoi c’est à présent lui qui doit inscrire mes réponses. Les siennes, il les a rentrées depuis douze jours. Le même questionnaire a été soumis à vingt-huit autres habitants de la ville assiégée. Avant d’arriver à la question "Comment souhaiteriez-vous mourir ?", ils répondent sur ce qu’est pour eux le bonheur, ce qu’ils craignent, où ils aimeraient vivre... Ça fait penser à ces journaux intimes auxquels filles et garçons confient à mots couverts le nom de leur amour. Sinon qu’ici on ne demande pas de qui on est amoureux mais comment on souhaiterait... aimerait... mourir. Les réponses, illustrées de nos photos, seront publiées dans une revue luxueuse avec une couverture glacée. Une partie du tirage sera déposée au musée d’art moderne de New York. I say that one bosnian writer is already great and, if not (already) great, will be great : Alma Lazarevska (Cynthia Simmons, in "The South Slave Journal") "J'ai
trouvé ce livre extraordinaire, j'en ai adoré l'écriture. C'est un
univers comme une toile blanche – une cave, une pièce – où le seul
paysage est celui des pensées de la narratrice, prise au piège dans
une vlle assiégée. Il n'y a là rien de victimaire, on est dans un
univers très intellectualisé, où le côté intellectuel fait écran à la
somme d'émotions totalement contenues et qui résident dans un rien. On
sent que ce rien pourrait faire craquer la narratrice, qui n'ose même
pas, lorsqu'elle parle de son enfant, dire "Mon enfant" ; elle dit "Le
garçon", et elle-même et son mari sont "Les parents du garçon". On sent
qu'un mot de plus et elle éclate. J'ai l'impression d'être à chaque
instant portée par un flot d'émotions très canalisées. Cette femme est
comme un papillon épinglé au mur par la guerre, elle n'a que ses
pensées pour être libre, qui s'agitent dans tous les sens comme des
ailes" (Joëlle Baumerder) "Un univers qui pourrait être banal puisqu'il s'y passe peu de choses, et pourtant il y a une tension dramatique à la limite de l'insoutenable. C'est un livre captivant, avec des phrases longues qu'on a presque envie de lire à voix haute." (Interventions au cours de l'émission "Des livres et vous" du 24/11/2004, animée par Jean-Pol Hecq sur les ondes de la RTBF. | ||
| Une nouvelle de ce recueil a été publiée dans la revue "Marginales", dirigée par Jacques De Decker. Alma Lazarevska a été l'hôte de la Foire du Livre de Bruxelles en 2003. À cette occasion, elle a été présentée dans des librairies bruxelloises et parisiennes. | ||
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